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Cloisonnement

Le corps et l’esprit. Le cloisonnement dans les soins primaires

12082749 sUn changement de culture, comme le dit Boris Cyrulnik : Passer d’une logique de réparation à une véritable culture de la prévention, en particulier une prévention de proximité.

 

Nous vivons une époque paradoxale : alors que la santé mentale touche un nombre croissant de personnes, elle reste mal comprise, mal organisée et profondément cloisonnée. Les troubles psychiques inquiètent, dérangent, font peur. Pourtant, ils concernent tout le monde. Un Français sur cinq sera touché au cours de sa vie par un trouble psychique, léger ou grave. Et malgré cela, la prévention, la compréhension globale et l’accompagnement humain restent absents ou insuffisants.

La psychiatrie contemporaine souffre d’une fracture profonde entre deux mondes : - d’un côté, les sciences dites « dures » (neurologie, biologie, génétique), - de l’autre, les sciences humaines (psychologie, sociologie, anthropologie). Les sciences dures sont le domaine privilégié des neurologues. Les psychiatres de l’adulte sont de plus en plus souvent formés à la biologie, ne pratiquant pas toujours  l’aide psychique autrement que par les médicaments.

 Seuls les pédopsychiatres sont formés et enseignent les deux. La pédopsychiatrie, qui tente de maintenir un lien entre cerveau, psychisme et environnement, se retrouve marginalisée. Or c’est précisément dans l’enfance que se construisent les fondations de la santé mentale future.

Ces deux univers peinent à dialoguer. Les premiers privilégient une vision déterministe, une lecture biologique et médicamenteuse des troubles, risquant d’oublier toute subjectivité. Les seconds défendent la complexité du psychisme et de l’histoire individuelle. Cette opposition nourrit incompréhensions, rivalités et décisions politiques souvent éloignées de la réalité humaine. Elle rend les soins incompréhensibles pour la majorité des citoyens

Le sujet humain est une entité particulièrement intégrée et la médecine d’aujourd’hui ne  peut plus considérer qu’il est la somme de fonctions organiques indépendantes, chacune étant l’affaire de spécialistes. Au contraire la médecine générale de premiers soins, doit l’appréhender comme un ensemble de fonctions en étroites interactions réciproques et hyper complexes. La santé mentale ne pourrait-elle pas être traitée de façon multidisciplinaire dans le cadre de soins primaires ?   La psychiatrie est une spécialité, les spécialistes de la Psychiatrie interviennent trop tôt ou trop tard. Rien n’est organisé pour pallier cette chronologie désordonnée.



Antonio Damasio 
« La mise à l’écart des phénomènes mentaux par la biologie et la médecine occidentale par suite d’une vision cartésienne de l’homme, a entrainé deux grandes conséquences négatives. La première concerne le domaine de la science. La tentative de comprendre le fonctionnement mental en termes biologiques généraux a été retardée de plusieurs décennies. La seconde conséquence négative concerne le diagnostic et le traitement efficace des maladies humaines.  Une conception faussée de l’organisme humain, combinée à l’inflation des connaissances et à une tendance accrue à la spécialisation, concourt à diminuer la qualité de la médecine actuelle plutôt qu’à l’augmenter.  
Le public dans son ensemble n’a pas encore clairement compris que l’un des problèmes de la médecine occidentale est qu’elle a mis un fossé entre le corps et l’esprit. »

mohamad azaam t6HfCXpckt4 unsplash

A force de réduire en voulant simplifier, nous avons appauvris la santé mentale.   Des savants, des sachants, bien sûr inconsciemment ont su, par des positionnements différents, avec des langages spécialisés et techniques, rendre inabordable Un sens commun du psychisme. Ils ont favorisé la stigmatisation et les difficultés pour nous, familles, parents, qui demandons des réponses à des questionnements simples.

Pourquoi tant de stigmatisation sur les sujets touchant santé mentale et psychiatrie ?   La principale raison se trouve dans l’enchevêtrement pour la santé mentale des « sciences dures » et des sciences humaines pouvant être appelées « sciences molles » maillage complexe car le nombre de paramètres et d’interactions à prendre en compte sont de plus en plus nombreux. Plus la science est « molle », plus elle est difficile à étudier, rendant quasiment impossible des études générales significatives sur le plan scientifique. la santé mentale résulte de fonctionnements neuronaux particuliers cumulés et systémiques. Le cloisonnement des spécialités entre la neurologie et la psychologie a rendu inabordable une compréhension simple et pouvant être   communément partagée.

 La science de l’épigénétique nous fournit quelques réponses, dont vous comprendrez aisément les effets, même si nous ne sommes pas en mesure d’en comprendre toutes les subtilités scientifiques (lien avec l’épigénétique)


 

La santé est un état de complet bien-être physique mental et social, et ne consiste pas seulement en une absence de maladie et d’infirmités. (OMS) Pour l’OMS cette « définition va au-delà du paradigme biomédical occidental traditionnel qui traite le corps, l’esprit et la société comme des entités séparées en reflétant une conception plus holistique de la santé.

Il est donc établi que la Santé et le bienêtre ne font qu’un.  

Antonio Damasio, Joseph LeDoux (Sciences Humaines Le Cerveau et la Pensée) ils ont contribué à populariser cette idée : l’intelligence, la mémoire et tout ce que l’on met habituellement dans la sphère de fonctions intellectuelles supérieures est en connexion étroite avec les émotions, les passions, les pulsions. Le cortex ne peut fonctionner correctement sans le recours aux régions limbiques du cerveau, responsable des émotions.



Boris Cyrulnik mai 2021 :

«  Un inconscient cognitif voit le jour qui rassemble toutes les opérations mentales qui échappent à la conscience. Dès lors une jonction semble désormais possible entre Freud et les neurosciences. Un prochain temps pour une neuro-psychanalyse qui fasse la jonction entre les deux écoles rivales. »

Freud n’a jamais été psychiatre, ni psychologue, il était neurologue. Et dès 1895 il préconisait le développement de l’approche scientifique de la psychologie. Ses idées sont dépoussiérées actuellement et ne s’opposent pas, aux neurosciences. La neurobiologie d’aujourd’hui est relationnelle : lorsque l’on joue ou parle avec un enfant on modifie sa biologie on sculpte son cerveau on hypertrophie ses deux lobes préfrontaux, alors que l’isolement sensoriel et la mutilation affective altèrent profondément celui-ci. Propos recueillis sur LINKEDIN

Car au-delà de quelques extrémistes repliés sur leur pré carré, persuadés de détenir une vérité qui en fait n’est que leur vérité issue d’une formation cloisonnée, les tenants de ces deux notions ne s’opposent pas.


 jeff trierweiler sWdaAZ5fXU8 unsplash

Argumentaire sur le cloisonnement.

Michel Hamon, normalien, docteur es sciences et directeur honoraire de recherches Inserm . Membre correspondant de l’académie de médecine.

Texte introductif sur la nécessité de revisiter la psychiatrie comme discipline médicale à part entière, notamment par le biais d’une réforme en profondeur de la formation des professionnels ; M. Hamon (03/09/12)

La formation des psychiatres : un enjeu majeur pour (i) la reconnaissance de la psychiatrie en tant que discipline médicale, (i) une meilleure prise en charge des patients souffrant de troubles mentaux/psychiques, et (iii) une perception/présentation plus rationnelle et moins stigmatisante de ces troubles par les leaders d’opinion (les grands médias en particulier).

Avec l’introduction des médicaments psychotropes dans le traitement des maladies psychiques, il y a une soixante d’années, on dispose non seulement d’outils thérapeutiques de plus en plus efficaces, mais aussi de véritables « sondes » pour explorer le fonctionnement cérébral. De fait, la Neuropsychopharmacologie, qui s’applique à élucider les mécanismes d’actions biologiques et comportementaux des médicaments psychotropes, a permis d’identifier les grands systèmes neuronaux, leurs neuromédiateurs et leurs récepteurs dont le fonctionnement est altéré dans les pathologies psychiatriques. Par ailleurs, le développement spectaculaire des techniques de neuroimagerie anatomique et fonctionnelle s’est concrétisé par la visualisation « on line » (en direct) du fonctionnement cérébral, la mise en évidence d’altérations structurales et fonctionnelles chez le patient souffrant de troubles psychiques, et l’étude en direct des effets cérébraux des médicaments psychotropes et des autres approches thérapeutiques non médicamenteuses pour réduire ces troubles.

En d’autres termes, le cerveau, organe de la communication du sujet avec son environnement, est un organe dont on connaît de mieux en mieux l’organisation anatomique et fonctionnelle et les dysfonctionnements qui sous-tendent les pathologies psychiatriques.

Par ailleurs, de nombreux travaux ont démontré la réalité des interactions entre le cerveau et les grandes fonctions organiques « périphériques », en particulier les système immunitaire, cardiovasculaire, endocrinien, etc. De fait, il est désormais clairement établi par une abondante littérature scientifique concordante que des désordres du système immunitaire peuvent perturber les capacités psychiques et cognitives, et, réciproquement, que des troubles anxiodépressifs entrainent des dysrégulations immunitaires. D’autres exemples concernent les liens étroits entre les pathologies cardiovasculaires ou métaboliques (diabète entre autres)  et la survenue comorbide de désordres psychiques.

En clair, le sujet humain (de même que l’animal) est une entité particulièrement intégrée, et la médecine d’aujourd’hui ne peut plus considérer qu’il est la somme de fonctions organiques (quasi) indépendantes, chacune étant l’affaire de spécialistes, mais elle doit l’appréhender comme un ensemble de fonctions en étroites interactions réciproques et hypercomplexes. Le cerveau, qui régit les fonctions sensorielles, motrices, cognitives, psychiques…, joue à cet égard un rôle absolument essentiel, comme organe de réception d’informations externes et internes et de commande à visées externes et internes, et son examen clinique ne peut en aucun cas se limiter à l’organe lui-même (et encore moins à ce qu’il peut en transparaître au travers d’une expression verbale), mais devrait inclure l’évaluation des grandes fonctions (cardiovasculaires, endocrines, immunitaires, métaboliques, microbiotiques), dont les perturbations sont susceptibles de générer des désordres psychiques.

 

De ce fait, la consultation chez le psychiatre devrait systématiquement inclure une évaluation clinique, au moins autant voire plus approfondie que chez le généraliste.

c’est déjà le cas dans la plupart des pays de l’Union Européenne, une homogénéisation de la formation des psychiatres sur l’ensemble du territoire national, résolument moderne et intégrant les données les plus récentes de la biologie des systèmes en interaction étroite avec l’environnement (au sens large, au cours des différentes étapes de la vie : grossesse, enfance, adolescence, etc, avec la prise en compte des événements de vie potentiellement délétères, maltraitance, agression sexuelle ou autres) est l’une des clés (pas la seule cependant) pour une meilleure reconnaissance et une meilleure appréhension de la discipline psychiatrie dans notre société. Une telle évolution conduirait à une prescription plus rationnelle de traitements (médicamenteux ou non) adaptés et à une réduction significative des souffrances des patients et de leurs proches. Et donc aussi à une meilleure intégration de la psychiatrie dans le cadre des disciplines médicales efficaces et reconnues.